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Le métier de routier se place en tête des métiers considérés comme typiquement masculins. Et même avant les métiers de l’industrie minière et du bâtiment. Mais les stéréotypes sont encore bien plus ancrés : Selon le rapport « Les femmes dans des métiers masculins » du centre de recherche DELab de l’Université de Varsovie, rédigé à la demande de la fondation « Entrepreneuriat féminin », les femmes s’entendent souvent dire qu’elles ne « sont pas faites » pour de nombreux métiers, en particulier des métiers des secteurs STEM (sigle anglais pour Science, Technology, Engineering, Mathematics). La première difficulté que les femmes doivent surmonter avant leur formation ou leur recherche d’emploi, p. ex. en tant qu’ingénieure logistique ou spécialiste en informatique, est l’obstination de la société qui divise le marché du travail en métiers masculins et féminins. Selon le rapport susmentionné 27 % des étudiantes en mathématiques et en sciences s’entendent dire par leur entourage qu’elles « n’y arriveront pas » ou que ces disciplines « ne sont pas faites pour les femmes ». C’est peut-être la raison pour laquelle les femmes en hautes écoles techniques ne représentaient que 37 % au moment du rapport et pas plus.

Cette étude montre également que les femmes qui occupent des postes soi-disant typiquement masculins, à compétences et expériences équivalentes, se sentent beaucoup moins à l’aise. Dans une société masculine, elles prennent également beaucoup plus rarement la parole, souvent par peur que le moindre lapsus leur soit longtemps reproché comme étant la preuve d’un manque de professionnalisme. Et la différence de salaire qui persiste toujours (même si elle est manifestement moins importante qu’il n’y paraît) ne les aide malheureusement pas à surmonter ces peurs.

Exigu, froid et loin de la maison Pourquoi y a-t-il si peu de femmes qui veulent exercer le métier de chauffeuse poids-lourd ?

Les femmes dans la logistique

 

Seules quelques femmes choisissent le métier de chauffeuse poids-lourd, notamment dans le transport international. Il y a plusieurs raisons à cela :

– Les longues périodes de séparation de la famille, en particulier des enfants à charge ou des parents âgés car dans notre société, le soutien familial repose généralement sur les épaules des mères, des filles ou des sœurs ;

– L’effort physique requis, p. ex. pour conduire un camion ou pour mettre la cargaison en lieu sûr ;

– Des conditions d’hygiène difficiles, en particulier pendant les menstruations ou en cas de cystites auxquelles les femmes sont davantage exposées ;

– Un sentiment d’insécurité, p. ex. pendant les pauses solitaires sur les aires de stationnement pour camions ;

– Les possibilités d’évolution et de promotion professionnelles limitées (bien qu’il faille concéder que cela s’applique aux deux sexes).

Le principe de la prophétie auto-réalisatrice joue ici aussi un rôle. Les femmes s’imaginent qu’elles seront les seules représentantes féminines occupant un poste de direction au sein d’une société, elles renoncent donc à ce poste par peur de se sentir isolées.

Le syndrome de l’imposteur ou : je sais que je ne sais rien

Dans le groupe de discussion « La polonaise active ou la contribution des femmes au succès économique de la Pologne » animé par le rédacteur en chef du portail financier money.pl, Nino Dzhikiya, les participantes ont indiqué que leurs propres doutes, souvent infondés, sont un facteur qui empêche les femmes de se fixer et d’atteindre des objectifs ambitieux. L’une de ces peurs est désignée comme le syndrome de l’imposteuse (qui est en fait le syndrome de l’imposteur mais la forme féminine serait mieux adaptée ici, car ce sont souvent les femmes qui y sont confrontées). Une personne touchée par celui-ci considère que malgré ses compétences professionnelles, elle ne mérite pas le succès auquel elle a contribué (p. ex. un poste, un titre universitaire, une promotion ou une distinction), mais que son succès n’est que fortuit. Elle est donc convaincue que son manque de compétence sera bientôt dévoilé et  et toute sa carrière brisée. Chez certaines femmes, ce sentiment est si fort que par pure crainte d’être humiliée (crainte infondée), elles n’acceptent aucun compliment. Ce syndrome est particulièrement fréquent lorsqu’un collaborateur exerce un métier qu’il considère comme « non conforme à son sexe ». La crainte de révéler une prétendue ignorance est alors plus forte car la personne a peur d’être exclue du groupe d’employés du sexe opposé qui sont souvent déjà très critiques vis-à-vis du « petit dernier » du même sexe qu’eux.

Femme au volant… Mort au tournant ?

Les préjugés bien ancrés dans la société tels que le fait que les femmes soient de mauvaises conductrices, n’aident pas non plus à surmonter ce syndrome de l’imposteur. J’en ai moi-même fait les frais lors de l’examen obligatoire avant de passer le permis de conduire. Au cours de cet examen le médecin a souligné, à plusieurs reprises, qu’il me délivrait le certificat à contrecœur car il considérait que les femmes ne devaient pas conduire de véhicules « plus grands que des vélos ».

Il n’est donc pas étonnant que le pourcentage de femmes titulaires du permis B soit inférieur à celui des hommes. Et Le pourcentage de conductrices de véhicules ou de véhicules couplés nécessitant les permis C, C+E, C1, C1+E, D, D+E, D1 et D1+E n’est que de 1 % (Selon les données du service polonais d’immatriculation des véhicules CEPiK du 31/12/2018). Mais les statistiques peuvent induire en erreur. Y compris dans ce cas précis car malgré les difficultés auxquelles elles doivent faire face, le nombre d’employées féminines ne cesse d’augmenter dans quasiment tous les postes du secteur du transport et de la logistique. Qui plus est : Les femmes se font de plus en plus connaître en tant qu’expertes dans leur domaine, gérant des blogs, des chaînes vidéo sur Iiternet ou des profils spécialisés sur les réseaux sociaux sur lesquels elles partagent leurs connaissances et inspirent les autres. Il semble donc que nous soyons en bonne voie pour venir à bout du mythe selon lequel le transport et la logistique ne sont pas pour les femmes.

 

Sources :

https://www.delab.uw.edu.pl/en/

https://asa.ch/wp-content/uploads/2020/03/MM_Statistik_F%C3%BChrerpr%C3%BCfungen_2019_DE_FR_IT_neu.pdf

https://www.boursesdefret.fr/la-place-des-femmes-au-coeur-du-secteur-transport-et-logistique/l

https://www.infogreffe.fr/informations-et-dossiers-entreprises/actualites/les-femmes-et-l-entrepreneuriat.htmll

https://www.forbes.fr/management/syndrome-de-limposteur-au-travail-4-facons-de-le-combattre/?cn-reloaded=1

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